LE TRIPODE

Hôtel Atlantide

Serge Kliaving


Un jour de février, un courrier est parvenu à la maison d’édition. Il contenait la reproduction de quelques dessins et une lettre sur papier simple qui commençait de la manière suivante : « Je suis né à l’hôtel Atlantide, humain de la tête aux pieds. Ma mère y séjournait, en convalescence, suite à un double accident de décompression qui avait coûté la vie à mon père. Après ma naissance, elle a décidé d’y prendre pension. » 
 
Nous ne connaissons rien de l’auteur de ces mots, même si nous l’avons rencontré quelques semaines après. Sa tenue était sobre, sa voix basse. Il nous apprit que sa mère avait, elle aussi, procédé à sa propre occultation depuis l’envoi du courrier. Sa vie à lui s’en retrouvait plus ou moins changée. Il en avait fini avec la ronde des visites, sans savoir vraiment ce que cela signifiait et ce qu’il allait faire de son temps, maintenant qu’il se retrouvait seul. L’ombre de l’étrange accompagna ces derniers mots. 
 
Nous nous souvenons de la douceur avec laquelle il reprit la parole pour nous confier un autre embarras. À l’hôtel Atlantide, que je continue d’explorer, expliqua-t-il, le nombre de chambres change sans arrêt. Il est impossible de les compter, il y en a certainement plus de mille, et toutes différentes. Il paraît même que l’une d’elles ouvre directement sur l’espace intersidéral. Mais cela reste à vérifier. 
 
Ayant épuisé le temps des politesses et des confidences, nous avons alors regardé les nouveaux dessins qu’il avait pris la peine de glisser dans un carton. Les quelques personnes présentes sont restées muettes, partagées entre le désir de se perdre dans ces images inexplicablement familières et l’impudeur à laquelle la parole nous aurait conduits. 
 
Au bout de moins d’une heure, il était reparti, comme il était venu, avec cet air gêné que l’on retrouve chez ceux qui voudraient s’excuser d’une trop grande présence. Nous l’avons accompagné jusqu’au porche qui donne sur la rue et bredouillé quelques mots, les mondes cachés de l’hôtel Atlantide déjà en nous. Ensuite, nous avons fait ce livre.

L’Auteur

Serge Kliaving est un artiste parisien né en 1960. Il est l'auteur au Tripode de Hôtel Atlantide.

Presse

Surréaliste et enchanteur !
Damien Canteau - COMIXTRIP

Sans autre texte que la préface, qui apporte énigme veloutée et mystère écumant, Hôtel Atlantide ne se contente pas seulement d’être esthétique mais réussit à transmettre un sentiment aussi fort qu’étrange par une unique narration picturale. Cet album est en quelque sorte la voix des océans et des mers: muette mais sans cesse en train de déverser un flot de paroles et d’informations. Le spleen semble habiter ces créatures magnétiques semblant venir tout droit d’une époque préhistorique révolue. Peut-être que l’Hôtel Atlantide a été construit sur une ancienne mer peuplée de fossiles reprenant vie entre ces murs en distorsion constante, le mirage happé et couché sur papier par le coup de crayon de l’auteur.
Caroline - Un dernier livre avant la fin du monde

L’artiste parisien Serge Kliaving, 58 ans, aime plonger sur des voies détournées. Lui qui en mode pop art, parodie avec une férocité expressionniste les dérives des comics américains, dévoile ici une délicatesse inattendue. Dans son imaginaire, la sobriété n’exclut pas la fantaisie qui explose avec une absurdité baroque. Les créatures ordinaires cousinent avec les monstres fantastiques, tous baignent dans le doux liquide amniotique d’un quotidien intemporel. Reclus dans ce modeste établissement, dont certaines des milliers de chambres ouvrent sur l’espace intersidéral, le voyageur, de retour au berceau, crayonne. Dans sa bibliothèque mentale, sûr que le surréaliste français Roland Topor voisine avec le Britannique Gary Larson.
Cécile Lecoultre - 24 heures

Ce livre (superbement étonnant !) nous fait balader, de page en page, dans les chambres d’un hôtel qui mêle l’océan et ses mystères à la poésie du quotidien. Et cette balade ressemble ainsi à une sorte de roman graphique dans lequel seul l’imaginaire a sa place. Les chambres ressemblent à toutes les chambres de tous les hôtels de province. Des murs sans âme, des fenêtres, des portes ouvertes, des lavabos, des baignoires parfois. Une lumière, comme presque éteinte. Et des locataires, dont on devine qu’ils sont là depuis longtemps, dont on croit qu’ils viennent à peine d’arriver, dont on pense qu’ils ne sont là que pour quelques heures. Quelques nuits. Quelques rêves toujours éveillés…
Jacques Schraûwen - RTBF